Cette rubrique se veut un espace d’échange sur tous les sujets liés aux
ressources humaines traités par Hewitt, depuis les politiques RH jusqu’au
contrôle des coûts et la gestion des risques financiers associés. Vous avez la
possibilité d’apporter votre témoignage, d’interroger nos experts ; nous
publierons sur notre site une synthèse anonyme des témoignages, questions et
réponses selon le sujet traité.

Didier Burgaud, consultant senior, expert en
management des talents répond à nos questions.
Lorsqu’on aborde le sujet de la gestion de la performance avec les entreprises,
on a le sentiment d’être confronté à un paradoxe : si la majorité des
entreprises ont mis en place aujourd’hui un système de gestion de la
performance, bien peu d’entreprises sont satisfaites de leur efficacité. Quel
est votre avis ?
Ce sujet génère en effet beaucoup de frustration tant chez les opérationnels que
dans la fonction RH. Pour résumer, les managers estiment y passer beaucoup de
temps pour un résultat pour le moins incertain et les RH ont le sentiment
d’être les gendarmes du système qui passent leur temps à contrôler que les
entretiens ont bien lieu et que les formulaires sont bien remplis. Nous
constatons souvent dans les faits que les objectifs fixés ne sont pas assez
ambitieux, que la cohérence avec les priorités stratégiques est insuffisante ou
limitée, qu’il existe un conflit entre le discours sur la performance et les
pratiques de reconnaissance, que « les objectifs n’arrêtent pas de changer» et
que la non - performance est non ou peu gérée. Bref, un taux de satisfaction
globalement faible. Or nous constatons dans le même temps que les entreprises
qui font la différence en termes de résultats économiques sont celles qui ont
su mettre en place une vraie culture de haute performance.
De quoi s’agit – il ?
Trop souvent, la gestion de la performance se réduit dans les entreprises à un
processus rigoureux certes, mais bureaucratique. Or la performance ne se
construit pas par la grâce d’un processus, mais par l’engagement des
collaborateurs. Gérer la performance consiste donc à rompre avec les approches
traditionnelles pour combiner à la fois la responsabilisation des individus, la
confiance et la reconnaissance et de réelles opportunités de développement. En
d’autres termes, un bon système de gestion de la performance doit donner de la
clarté sur le bon niveau de résultats attendus, faire passer les bons messages,
valoriser ceux qui réussissent et offrir des opportunités de développement et
de forte contribution.
Par exemple nous aidons nos clients à dépasser la fixation d’objectifs SMART et
leur sanction une fois par an et à aider les managers à clarifier les
contributions attendues de leurs collaborateurs de façon régulière et à
intégrer le suivi des objectifs individuels dans un coaching quotidien de la
performance opérationnelle.
Qu’entendez – vous par « faire passer les bons messages ? »
Beaucoup d’entreprises utilisent des échelles d’appréciation en 5 ou 6 points,
proposant deux positions au-delà du niveau « objectifs atteints » comme sur ce
schéma.
Ceci a deux effets pervers. Le premier est de présenter l’atteinte des objectifs
comme un niveau de performance normal, voire moyen, alors que ce doit être
considéré comme une bonne performance. Si vous atteignez votre cible, c’est
déjà très bien bien, non ? Ensuite, les managers hésitent à évaluer les bons
éléments au niveau C qui parait insuffisant.
Enfin, si les objectifs manquent d’ambition, ils sont facilement « dépassés »,
donc rémunérés par une forte part variable, qui ne correspond pas à une réelle
sur - performance. On assiste donc à une surenchère des évaluations (et des
salaires) en décalage avec la réalité et l’entreprise ne tire pas le juste
retour sur investissement de sa politique de rémunération variable.
Au-delà de la rémunération variable liée à l’atteinte des objectifs vous
soulignez l’importance des opportunités de développement dans la mise en place
d’une culture de haute performance.
Lorsque les salariés se sentent valorisés et dans un climat de confiance ils
sont disposés à contribuer à court terme. Pour les maintenir motivés dans
l’avenir, il est absolument critique de leur fournir des opportunités pour
qu’ils puissent développer les compétences dont ils auront besoin demain.
D’ailleurs, nos études montrent que les opportunités de développement
constituent le premier levier d’engagement des salariés pour 83% des
entreprises de notre base de données. Ceci passe en particulier par leur
exposition à des responsabilités nouvelles et / ou supérieures dans le cadre de
leur activité, ce que les anglo – saxons appellent « on the job ». Plus que des
sessions de formation traditionnelles, les mises en situations ou les projets
transverses sont les plus efficaces en matière de développement.
Finalement, qu’est – ce qui peut aider les entreprises à faire la différence ?
Il convient tout d’abord de s’assurer que le système de gestion de la
performance relaie les bons messages et est focalisé sur le bon niveau de
performance. Les objectifs doivent être réellement ambitieux et reconnus en
tant que tels.
Ensuite, les entreprises doivent très vite concentrer leurs efforts sur les
managers et s’assurer de leur capacité à créer un environnement de
responsabilisation, confiance et d’opportunités de développement. Lorsque nous
travaillons avec les entreprises sur ce sujet, nous équipons les managers
d’outils simples qui les aident à développer les compétences et gérer la
performance de leurs équipes dans le cadre de leurs responsabilités
opérationnelles. Ces deux activités s’inscrivent dans le quotidien opérationnel
du manager et ne doivent pas être considérées comme des tâches « en plus ».
Pour finir, j’ajouterai que cette approche contribue à faire des équipes RH un
véritable moteur de la performance opérationnelle. En effet, par l’assistance
et le conseil qu’elles apportent aux managers pour être meilleur et tirer le
meilleur de leurs équipes, leur valeur ajoutée sera perçue en lecture directe
par les opérationnels.
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